Le malaise incommensurable des plus démunis

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Le malaise incommensurable des plus démunis

la ville a du mal à respirer en ce moment. C’est le mois de juillet mais le soleil est presque absent à Paris. La venue de nombreux dirigeants politiques du monde pour le sommet de l’Union Pour la Méditerranée fait chambouler les plans de circulation dans cette merveilleuse cité, capitale mondiale de la culture.

Sécurité oblige, le parcours de nombreux bus est dévié. Mais Paris ne vit pas uniquement pour cette rencontre politique dont on sait d’avance l’incertitude de ses résultats. Paris est plutôt une halte incontournable pour les artistes et les rêveurs. Brahim Saci en fait partie. Avec sa guitare en bandoulière, il ne cesse de parcourir les nombreux bistrots algériens, après son travail au service culturel de la mairie de Paris. Universitaire, Brahim Saci a fait l’ensemble de sa scolarité à Paris mais il est resté toujours à l’écoute de ce qui se passe en Algérie, son pays natal. C’est au début des années 90, qu’il enregistra son premier album de musique chaâbie. Sur les traces de son idole de toujours, Slimane Azem, il séduit de nombreux mélomanes, de création en création. Quand on écoute Brahim Saci chanter, on a l’impression d’entendre Slimane Azem, excommunié des médias algériens durant de longues années. La poésie de Brahim Saci, écrite en kabyle et en français, est limpide et profonde ; elle raconte la réalité de l’immigration et de l’Algérie sans aucune tricherie. Elle est à l’image de l’homme qu’il est : un être sensible et généreux, essayant tout le temps d’aider les uns et les autres. Brahim Saci est aussi un grand lecteur : son appartement dans le 20eme arrondissement de Paris est plein de livres. Tout ce qui s’écrit sur l’Algérie, on peut le trouver chez lui. Brahim Saci est conscient des malheurs de l’exil. Loin des siens, la solitude est souvent amère. «Ne me comprennent que ceux qui ont marché sur mes pas… Il y a une nécessité de dire pour ne pas sombrer. Aborder l’art avec amour car seul ce sentiment  permet de le saisir», me dit-il. Brahim Saci revient périodiquement en Algérie. Mais il est parfois triste de constater la perte de certaines valeurs dans le pays de ses ancêtres : comme le manque de solidarité, la course effrénée vers l’argent facile ou encore le malaise incommensurable des plus démunis. Le plus grand souhait de Brahim Saci, c’est de voir une société civile autonome s’attaquer aux vrais problèmes. Ce souhait de l’artiste est certainement partagé par une foule d’individus.

Youcef Zirem 

Algérienews du 14 juillet 2008