Brahim Saci : » Un arbre peut-il vivre sans racines ? « 

Brahim Saci

 » Un arbre peut-il vivre sans racines ?  »

Brahim Saci, auteur compositeur interprète
d’expression kabyle, après avoir produit plusieurs
albums à Paris a sorti en Algérie deux albums aux
éditions « coup de cœur » sur les traces du maître
incontesté de la chanson kabyle, Slimane Azem
(1918-1983). Brahim Saci vit en France depuis l’âge de
10ans. Après des études universitaires, il se
passionne pour la musique traditionnelle et s’engage
dans l’aventure de la chanson. Il nous parle dans cet
entretien de son travail artistique et de sa vie en
France.

Comment es-tu venu au monde de la musique et de la
chanson?

Déjà enfant, j’étais bercé par les contes, les chants
traditionnels que me chantait ma mère, ainsi que par
les nombreuses poésies kabyles qu’elle me récitait.
Jeune j’étais donc déjà pris par la passion et
l’émotion littéraire. Cependant ce n’est qu’au lycée
que les professeurs m’ont appris à apprécier et à
comprendre les poètes, Charles Baudelaire (1821-1867)
par Les fleurs du mal en particulier, Alphonse de
Lamartine (1790-1869) par Les méditations poétiques,
et tant d’autres encore. J’étais partagé entre les
études, le dessin, la poésie et les voyages
(Allemagne, Autriche, Hollande…), tout cela a quelque
peu développé en moi une vie intellectuelle et
artistique à la fois. Ensuite j’ai beaucoup travaillé
dans différentes radios franco-maghrebines, ce qui m’a
permit d’accentuer mon intérêt pour l’Art, et de faire
partager et faire découvrir ma culture aux autres.
Rilke (1875-1926), poète et philosophe autrichien,
écrivait « créer c’est d’abord se créer. Nous ne
sommes nous-même, avant de nous être faits,
qu’ébauche, que possible, et la matière qui s’offre au
créateur c’est lui-même. » Plongé profondément à
l’intérieur de moi-même, dans des moments de grande
solitude, c’est seulement là que je trouve des
réponses aux questions qui assaillent mon existence.
Bien que cela engendre une grande souffrance, c’est
une quête nécessaire. Personnellement je ne me sens
vivre qu’en créant, c’est un peu comme si je ne
faisais qu’un avec l’art, pour moi c’est un mode de
vie. Vivant en France depuis 30ans, ne me comprennent
que ceux qui ont marché dans mes pas. Cependant le
génie de la création ne doit pas faire oublier la
grande solitude intérieure, nécessaire pour aller au
plus profond de soi-même et pouvoir en ressortir le
meilleur. Il est bon d’être seul car la solitude est
difficile à vivre, et plus une chose est difficile,
plus elle doit être pour nous une raison de nous y
attacher. C’est de la peine que naît la création,
comme une pluie fertilisante que la terre attend avec
impatience, comme un acte de charité, lien entre la
poésie et la mystique. Un perfectionnement personnel
est recherché pour essayer de porter le regard au-delà
de la connaissance afin d’approcher ce qui nous
échappe et accueillir avec sérénité les événements de
notre vie et s’interroger sur le mécanisme qui nous
fait créer. Donner sans rien attendre en échange même
si les poèmes sont payés avec tant de souffrances. Il
y a une nécessité de dire pour ne pas sombrer.
Aborder l’art avec amour car seul ce sentiment profond
permet de le saisir. Pour approcher les œuvres d’arts,
rien n’est pire que la critique, car souvent ceux qui
critiquent n’ont aucune connaissance artistique. Quant
à la musique, je dirais que toute poésie lyrique est
par définition musicale, pour moi les deux sont
inséparables.

Comment est née ta passion pour Slimane Azem?

Je n’ai réellement compris Slimane Azem qu’après des
études universitaires approfondies. Ces années
d’études m’ont permis d’aller plus loin dans l’analyse
afin d’avoir une vision plus claire pour approcher
l’œuvre de ce grand humaniste et philosophe qu’était
Slimane Azem. C’est un grand poète qui décrit
notamment le déchirement de l’exil. Bien plus que
cela, il a su enflammer tous les cœurs, et passionner
tous les Kabyles. Son œuvre très abondante et riche
offre une grande diversité à qui sait l’écouter et la
comprendre. Dans ses compositions, Slimane Azem,
guitariste d’exception, attire par sa technique
percussive de la guitare, par sa riche invention de la
mélodie. Il a su transformer toute mélodie en pure
beauté. Ses chansons sont d’une grande âpreté
rythmique, doublées d’une inspiration mélodique
inépuisable. Baigné dans un fond culturel classique,
les images, comparaisons, métaphores et métonymies ont
été des aliments essentiels à sa création poétique.
Ses préludes chantés sont d’une extrême justesse. Sa
voix est d’un grand lyrisme, d’une grande fluidité,
claire comme l’eau d’une source. Slimane Azem a su par
son génie nous transmettre les racines d’une culture
plus que jamais vivante, mais paradoxalement aussi, sa
douleur d’avoir été forcé de quitter sa terre natale
si chère à son cœur. Slimane Azem est un véritable
virtuose de la chanson kabyle, respecté par tous, et
qui ne pouvait que susciter mon admiration et ma
volonté de suivre ses traces. François
Mauriac(1885-1970) disait : « une œuvre vaut dans la
mesure où une destinée s’y reflète. »

Que penses-tu de la chanson kabyle de ces dernières
années?

Les choses terrifiantes qu’a connu notre pays ont
laissé peu de place à l’Art en général et à
l’expression artistique en particulier. Jusqu’à la
mort de Matoub Lounès, la chanson kabyle était en
plein essor. Les années 80 ont vu apparaître beaucoup
de groupes de grande qualité, constitués par une
majorité d’universitaires, malheureusement ces groupes
ont disparu. Mais le succès de Matoub Lounès a permit
à la chanson kabyle d’occuper une place de choix. Il
était une locomotive qui poussait à la création de
qualité aussi bien sur le plan de la poésie que sur le
plan musical. Car Matoub Lounès excellait dans l’art
du « Châabi » qui est de surcroît une grande école
musicale. Matoub créait l’événement avec presque à
chaque fois deux albums, et était une source poétique
intarissable. Sa disparition tragique a plongé la
chanson kabyle dans un vide artistique quasi-total. On
a vu alors une folklorisation accrue de la chanson
kabyle où tout ce qui se fait l’est pratiquement sur
un seul rythme. La création artistique s’est
appauvrie. On ne pense qu’à danser. Toutes les
manifestations dites culturelles sont en fait des
pistes de danse. On a ainsi petit à petit habitué le
public à ne venir à chaque fois dans les salles que
d’une façon quasi-mécanique. On vient consommer des
pistes de danse. On a vu alors les ventes de disques
chuter pour la quasi-totalité des créateurs.
Mais d’autres raisons bien sûr viennent se greffer à
cela. La fracture avec la tradition orale, on voit les
anciens disparaître un par un, a aussi contribué à
l’apparition d’une poésie médiocre car il y a un
manque au niveau de la maîtrise de la langue. C’est
l’une des raisons pour laquelle il devient urgent que
la langue tamazight soit officialisée et entre dans
toutes les écoles, car le transfert du patrimoine
culturel par les anciens ne se fait plus. Ainsi, à
l’école, les enfants redécouvriront la richesse de
leur langue, les contes, les poètes, les romans, la
littérature. Il est évident que sans bagage culturel
on ne peut créer de belles choses. Les anciens avaient
tous leurs têtes pleines, les poèmes d’antan, les
contes, et cela se reflétait dans leur création
artistique.
D’autres raisons viennent encore s’ajouter au marasme
des décennies noires qu’a connu la chanson kabyle et
la chanson algérienne en général. La crise économique
aidant, le manque de pouvoir d’achat, la morosité de
la chanson algérienne ont amené la chanson kabyle au
bord du précipice. Au lieu que les artistes vivent de
leur art, nous assistons désarmés à une situation
nouvelle et dramatique, qui n’est pas propre à la
chanson kabyle, qu’on voit dans d’autres pays mais à
faible échelle. Ce sont les artistes qui font vivre
leur art. Dans ce dénuement, les artistes
s’appauvrissent, il est difficile de travailler dans
ces conditions. Les tentatives individuelles sont
bonnes et à encourager, mais c’est l’institution
étatique qui doit protéger son patrimoine culturel,
l’encourager et le financer.
Malgré le regard assez pessimiste que je viens de
porter, je reste optimiste et positif quant à l’avenir
de la chanson kabyle, grâce à l’apparition de jeunes
qui résistent contre vents et marées et qui font un
travail de qualité.

Pourquoi à ton avis peu de chanteurs kabyles arrivent
à percer en France?

Il serait à mon avis bon de se poser pour une fois la
question, pourquoi la chanson kabyle devrait-elle
percer en France? Sa raison d’être ne se
trouverait-elle pas plutôt en Algérie? L’exil nous
poursuit comme une malédiction, pourquoi devrions nous
l’accepter? Qu’on le veuille ou non, on ne se
désaltère qu’à la source. La chanson kabyle n’existe
qu’en Kabylie, ailleurs elle ne fait que passer.
Pourquoi devrions-nous porter ce fardeau existentiel
qui nous ferait croire qu’on ne peut exister qu’à
l’étranger, déracinés? Ne serai-ce pas plutôt la
poursuite d’une chimère? Un arbre peut-il vivre et
fleurir sans racine?
Le bon sens voudrait comme le dit Voltaire, « cultiver
son jardin. » Quand bien même certains chanteurs
kabyles donnent l’impression de percer en France, il
n’en est rien en vérité, car même s’ils remplissent
une ou deux fois une grande salle, cela ne suffit pas
pour pouvoir en vivre, la vente de disques ne suit
pas. Ils n’ont pas les moyens de promotions qu’ont les
Français (médias, télévisions, radios…) les médias
français n’en parlent presque jamais, comme si c’était
un tabou, silence il ne faut pas que cela se sache.
Quand un artiste français sort un album, il fait
toutes les chaînes de télévision, toutes les stations
de radio, des centaines d’émissions, plus une tournée
promotionnelle. Quant à l’artiste kabyle, il fait une
émission ou deux à BRTV (heureusement qu’elle est là),
peut-être un seul article dans la presse algérienne et
c’est tout. On voit bien là la différence. Comment
voulez-vous vendre des disques dans ces conditions? Si
certains Français achètent nos disques, c’est par
curiosité et ils ne sont guère nombreux. On n’existe
véritablement que dans un public kabylophone. Il faut
arrêter de se voiler la face, même si la réalité est
dure à accepter. J’entends dire par-ci par-là que la
chanson kabyle est trop traditionnelle, trop de
mandoles, trop de percussions…, soyons un peu sérieux
! Les raisons de son déclin sont beaucoup plus
profondes. La chanson kabyle doit d’abord s’imposer
chez elle en Algérie et plus précisément en Kabylie.
Il faut arrêter de mépriser son patrimoine culturel et
son terroir, il faut au contraire le préserver, le
cultiver, l’enrichir, mais pas le travestir en
essayant à tout prix de ressembler à l’occident, même
si la fascination pour l’occident est dans l’air du
temps. Il faut absolument garder ses couleurs et
surtout créer, investir et produire en Algérie.
Beaucoup de grands compositeurs occidentaux se sont
intéressés à la musique populaire et ont fait des
variations dessus, nous pouvons citer Liszt
(1811-1886), Beethoven (1770-1827) et surtout Béla
Bartok (1881-1945) compositeur hongrois, lequel après
des recherches sur les traditions musicales populaires
notera et enregistrera sur les rouleaux
phonographiques plus de 10 000 mélodies folkloriques.
En 1928, Bartok écrira « chacune de nos mélodies
populaires est un modèle de perfection artistique. »
L’exploration des chants et des danses de la Kabylie
reste à faire. A l’aube du 21ème siècle, il est plus
que jamais temps d’agir.
Je pense qu’il faut penser un peu au côté culturel des
choses, arrêter avec les galas business où les gens ne
viennent que pour danser et s’amuser, opter pour des
manifestations culturelles de qualité, abordables pour
tous. Il est vrai qu’après le vide immense qu’a laissé
le regretté Matoub Lounès, la chanson kabyle souffre
de relève. Je me rappelle l’avoir rencontré dans un
café du 18ème arrondissement de Paris un mois avant sa
mort tragique, il me disait « Si Brahim ma vie est au
village! » Ces paroles résonnent encore dans ma tête.
A Paris on a beau remplir les plus grandes salles,
personne ne nous voit, nous sommes comme invisibles.
La meilleure preuve que l’on puisse apporter à ce
phénomène est la célébration des 100ans de l’Olympia
qui a été très médiatisée en France. Dans l’historique
qu’en ont fait les médias, à aucun moment on ne fait
allusion aux berbères qui sont passés sur cette scène
mythique, et ils sont pourtant nombreux : Aissa El
Djermouni (1885-1946) 1er chanteur berbère chaoui des
Aurès à fouler les planches de Olympia en 1936, puis à
partir de 1976 Ait Menguellet, le groupe Djurdjura,
Slimane Azem, Matoub Lounès, Idir, Takfarinas et bien
d’autres encore…
L’exemple de la famille Amrouche est des plus
frappant. Qui se souvient d’eux en France? Qui se
souvient de Marguerite Taos Amrouche (1913-1976), de
Jean El Mouhoub Amrouche (1906-1962), et de leur mère
Fadhma Ait Mansour Amrouche (1882-1967 en Bretagne).
Bien qu’ils aient étés chrétiens et qu’ils aient écrit
en français leur souvenir demeure certes, mais
uniquement dans l’esprit des kabyles. Qui connaît
Malek Ouary (1916-2001 à Argelès-Gazost), Mohamed Dib
(1920-2003 à la Celle saint Cloud) bien qu’ils aient
vécu, écrit et soient morts en France?
Edith Piaf, diva et pilier de la chanson française,
qui a elle-même lancé plusieurs autres grands noms de
la chanson française comme Yves Montand, Charles
Aznavour ou Gilbert Bécaud, la France est fière
d’elle, chaque année on commémore l’anniversaire de sa
mort, mais on se garde bien de parler de ses origines
kabyles par sa mère qui était une chanteuse lyrique
sous le nom de Line Marsa, et élevée par sa grand-mère
Aïcha. D’autres grands noms de la culture française
sont d’origine kabyle, Jacques Villeret (comédien),
Daniel Prévost (comédien), Isabelle Adjani
(comédienne), Claude Zidi ( réalisateur et
scénariste), Alain Bashung (chanteur), Arnaud
Montebourg (député de la Saône et Loire), Dany Boon
(humoriste), Isild le Besco (comédienne, fille de
l’actrice Catherine Belkhodja). Qui sait en France que
toutes ces personnalités sont d’origine kabyle?
L’Algérie se doit de développer son patrimoine
culturel dans sa diversité amazighe, de donner des
bourses aux jeunes qui veulent se produire comme cela
se fait en France où le ministère de la culture donne
des bourses à des jeunes, qui leur permettent de
financer l’enregistrement de l’album, et parfois même
la production et la distribution. Il n’est pas
étonnant que ces aides privilégient la production
francophone. L’Algérie se doit aussi de créer des
festivals de musique et donner la chance aux jeunes
qui ne sont pas connus de s’y produire. Elle doit
aussi permettre aux jeunes de produire la quantité
d’albums qu’ils veulent, comme cela se fait en France,
car en France un jeune peut produire et déclarer la
quantité qu’il veut, même 50 albums. Imposer des
quotas de production que ne peuvent tenir les plus
faibles c’est adhérer au principe de mondialisation où
les plus forts en sortent gagnants, et c’est un coup
fatal porté à la diversité culturelle. On tend à nous
faire croire que la mondialisation est un avenir
propice, mais ne soyons pas dupes. Si économiquement
cela peut avoir des points positifs, culturellement
c’est un drame. Vouloir faire un monde d’un seul
moule, d’une seule couleur, s’effacer pour adopter la
couleur du plus fort, c’est comme une mort annoncée.
Heureusement ça et là se lèvent des voix de résistance
pour lutter pour la sauvegarde de toutes les langues
et cultures, ce qui a toujours fait la richesse du
monde. La langue berbère doit demeurer plus que jamais
vivante, et elle l’est en réalité sur le terrain, car
ce peuple plusieurs fois millénaire se situe parmi les
grandes civilisations qui ont marqué l’histoire de
l’humanité, comme les Egyptiens, les Grecs, les
Romains, les Phéniciens, les Perses et les Arabes.

Quels sont tes projets artistiques?

Des projets, il y en a plein dans la tête. Après avoir
produit en France, je reviens aux sources pour
produire en Algérie. Je viens en effet de sortir deux
albums avec des milliers de posters annonçant en fait
quatre albums, car après ces deux albums suivront deux
autres albums.
Le premier album est un hommage à Slimane Azem, « Exil
éternel », je dis « ô Slimane Azem ! Si tu pouvais
revenir parmi nous pour voir où les temps nous ont
amenés. » Je parle beaucoup de son déchirement
intérieur et de la souffrance de l’exil. J’ai souvent
comparé Slimane à Baudelaire pour la vision
philosophique qu’ils avaient de la vie. Car Baudelaire
a plongé au plus profond de l’être pour nous parler du
mal qui habite et ronge l’homme. Mais Slimane Azem
avait quelque chose de plus car il était une légende
de son vivant, comme l’était avant lui Si Mohand u
M’Hand (1845-1906). Il y a sur ce premier album 8
chansons. Le deuxième album s’intitule « Crâa », c’est
un regard sur la société algérienne et en particulier
la société kabyle. Il y a 7 chansons et un sketch, où
je raconte une histoire vraie, j’ai généralisé pour
ensuite en tirer une morale. En fait, j’y dénonce la
détérioration des relations fraternelles où seul
l’argent fait la loi. Malheureusement à notre époque
l’honneur et la dignité sont monnayables. Ces deux
albums ont reçu un accueil favorable et chaleureux par
le public, que je remercie du fond du cœur car je
n’existe que par lui. J’ai aussi crée un site internet
afin de mieux communiquer avec mon public. On m’écrit
beaucoup et je réponds autant que je peux. Mon site
www.brahimsaci.com a dépassé les 100 000 visites.
Pour 2006/2007, je prépare un hommage au regretté
Matoub Lounès. Les albums qui suivront plus tard
seront plus une plongée à l’intérieur de l’être à
travers les affres de l’exil. Sinon à Paris on
s’épuise chaque jour un peu plus. La solitude de
l’exil nous étouffe. Je sème des poèmes en essayant
d’imaginer des jeunes pousses. Mais dans le froid
glacial de Paris, rien ne germe. Même si mes poèmes
naissent à Paris, ils ne se sentent chez eux qu’en
Kabylie.
Propos recueillis à Paris par Youcef Zirem au mois de juin 2006

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