La poésie pour «être meilleur que soi-même» !

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Le Poète Brahim Saci à La Cité

La poésie pour «être meilleur que soi-même» !

Brahim Saci est né en Algérie, dans un village de Kabylie, Tifrit Naït Oumalek. Jusqu’à l’âge de 10 ans, il passa une enfance heureuse au village. Puis il partit rejoindre son père à Paris. Brahim Saci suit sa scolarité à l’école primaire Eugène Varlin, au collège Gustave Courbet à Pierrefitte, puis au lycée Paul Eluard à Saint-Denis. Déjà poète adolescent, s’inspirant de Baudelaire (1821-1867), de Rimbaud (1854-1891), de Nerval (1808-1855), Si Mohand U Mhand (1845 1906) et Slimane Azem (1918 – 1983), il remporta des prix aux concours de poésie organisés par le lycée Paul Eluard. Très tôt il a baigné dans les arts, bercé par les chants berbères que fredonnaient sa grand-mère et sa mère. Enfant fort doué en dessin, il devint des années plus tard, dessinateur-caricaturiste, métier qu’il pratiqua durant ses voyages en Allemagne, en Suisse, en Autriche. Et qu’il continue à pratiquer à Paris.
Après un Baccalauréat littéraire, philosophie, langues, il entame des études supérieures à l’université Paris VIII, à Saint-Denis. Après une licence en langues étrangères appliquées, mention affaires, il se passionne pour la musique et approfondit l’écriture. Il devint alors auteur, compositeur, interprète d’expression franco-berbère de Kabylie. Animateur chroniqueur réalisateur dans des radios franco-maghrébines de 1992 à 2000, il produit son premier album en 1992, rendant hommage au légendaire Slimane Azem (1918 – 1983), père de la chanson kabyle auquel il porte une admiration sans bornes.
Le style musical de Brahim Saci pop chaabi kabyle (musique populaire berbère algérienne kabyle) et son timbre de voix nous rappellent Slimane Azem. Les thèmes dominants dans sa poésie sont le temps qui passe, la solitude intérieure du poète et les tourments de l’exil. Brahim Saci vit à Paris, où il continue ses compositions et sème dans les rues de la capitale qui l’inspirent des poèmes en kabyle et en français. Il a édité deux recueils de poésies.

Entretien.

La Cité : d’abord un mot sur Brahim Saci

Brahim Saci : « Difficile de répondre à une telle question ; il n’est pas facile de parler de soi ; disons que je suis un Algérien au parcours universitaire qui vit à Paris, qui croit à l’art, à l’humanité et aux valeurs ; je fais de la poésie et de la musique pour dire les mal¬heurs de l’exil, les incertitudes de la vie, ses chagrins et ses espoirs aussi. L’art est pour moi une raison d’être. »

Vous avez quitté l’Algérie à l’âge de 10 ans, quel souvenir gardez-vous encore de votre enfance en Kabylie ?

« Mon enfance en Kabylie a été heureuse ; ce fut une époque bénie où le rêve était encore possible malgré les difficultés du quotidien. Mon entourage, ma fa¬mille et tous les villageois sur les hauteurs de l’Akfadou me guidaient sur les chemins de la vie. C’était le temps de la solidarité et du partage ; le temps de la communion avec la nature et les êtres. »

Comment s’est faite votre Intégration en France ?

« Mon arrivée en France est déjà une coupure avec ma vie heureuse dans le village Tifrit Nait Oumalek en Kabylie ; c’est un déracinement douloureux, l’intégration s’est faite progressivement grâce à l’école, au collège, au lycée puis encore l’université. La fa¬mille de ma tante chez qui je suis resté quelques an¬nées, dans la banlieue parisienne, m’avait également été d’un secours certain. Les années passant j’ai dé¬couvert les chemins tortueux de l’exil, où l’étranger est toujours suspect, peinant à survivre sans arrêt sous les regards menaçants de la discrimination, du racisme. Nous vivons la discrimination au quotidien. »

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire ?

« J’ai commencé à écrire en langue française il y a longtemps lorsque j’étais collégien, j’aimais la poésie française, elle m’avait permis de diminuer un peu les affres de l’exil : je suis arrivé à Paris à l’âge de 10 ans… J’avais quitté ma Kabylie, mes proches, le territoire de mon imaginaire, ce n’était pas facile pour moi..Puis à l’université, je me suis mis à écrire en langue kabyle, puis j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai produit mon album de chansons kabyles…Ce premier album sera suivi par quatre autres albums…Mon retour à la poésie en langue française, je le dois en partie à mon ami, l’écrivain Youcef Zirem, qui m’a encouragé à éditer mon premier recueil de poésie en 2016, Fleurs aux épines.
Ce premier recueil a eu une belle reconnaissance parisienne ce qui m’a poussé à continuer, d’où la sortie de mon second recueil, La Chute, combler l’absence. J’ai ressenti le besoin de m’exprimer, de dire tant de choses : à partir d’un certain âge, on a envie de partager certaines expériences, on a envie de transmettre quelques valeurs essentielles. »

Que signifie la poésie pour vous ?

« La poésie c’est le charme de la vie, c’est l’harmonie du monde retrouvée, c’est cette belle musique cachée en nous qui nous aide à être meilleurs que nous-mêmes. La poésie, ce sont des mots, des rimes, des créations porteuses d’une certaine magie mais c’est aussi le désir de saisir l’insaisissable. La poésie est une démarche, c’est une façon d’être, c’est un outil pour sentir la chance d’être en vie, c’est un regard, des pensées, de la sagesse. La poésie c’est certainement l’essentiel d’une existence humaine souvent contrariée par de multiples soucis. La poésie c’est une tentative pour être dans le dialogue du monde avec l’être humain. »

Quels sont les thèmes dominants dans votre poésie ?

« Dans ma poésie, j’interroge la vie ; je raconte l’exil, l’amour, l’amitié, le temps qui passe ; j’essaie de laisser mon empreinte à travers les mots que mes dé¬boires parisiens me poussent à écrire. Paris est aussi une ville de culture ; chaque coin de rue de cette cité de lumière peut être une occasion à une rencontre intéressante qui annonce tout de suite un poème.

Votre premier recueil de poésie est Intitulé Fleurs aux épines, qu’évoque- t-il au juste ?

« Mon premier recueil de poésie, Fleurs aux épines, évoque la fin d’un amour ; il est question de moments vécus dans plusieurs endroits, il est parsemé de nostalgie, de haltes de bonheur, de souvenirs, de rythmes d’existence saisis au temps qui s’en va, qui détruit tant de choses avec son passage.
Mais il contient aussi des interrogations sur le sens de la vie, sur le sens de certaines valeurs, souvent travesties, ici et là. A vrai dire, différentes quêtes se rejoignent dans ce recueil pour tenter certaines explications, pour apporter des réponses à certaines énigmes. A bien des égards, ce recueil restitue un pan entier de mes lectures passées, un pan entier de mon parcours, de mes espoirs, de mes luttes, de mon désir de transmettre une vision humaniste du monde. »

Et si on vous demandait de présenter à nos lecteurs votre deuxième recueil, La Chute, combler l’absence ?

« Dans le deuxième recueil, la Chute, combler l’absence, qui vient de sortir aux éditions du Net, à Paris, j’approfondis encore plus les investigations du premier recueil.
La Chute, combler l’absence est plus volumineux (près de 230 pages), c’est un recueil où il y a plus de philosophie de la vie, où j’essaie de communiquer ma passion des mots en racontant avec des vers différentes pérégrinations entreprises soit à Paris, soit en Normandie, soit en Occitanie ou encore en Kabylie. Ainsi il y a des virées en Kabylie où la beauté des sites est mise en valeur sans oublier une certaine amertume quand les valeurs de cette splendide région sont bafouées par des comportements indignes. Cependant, il est toujours possible de dépasser ces errances pour se retrouver et construire sur des bases solides, pour plus de démocratie, plus de justice sociale, plus de propreté, plus d’écoute, plus de solidarité, plus de générosité. Dans La Chute, combler l’absence, il est également question de soirées pari¬siennes où l’homme se cherche, cherche des remèdes à sa solitude, cherche une plénitude impossible à trouver. Parfois en écrivant certains poèmes de ce recueil, je pensais au parcours de Baudelaire dans cette même ville où lui aussi avait été l’objet de nombreux malentendus. En écrivant ces poésies, je pensais également à Jacques Brel, à sa force, à son courage, à ses désirs d’absolu. Dans La Chute, combler l’absence, il y a une tentative de synthétiser les moyens de dépasser les blessures, pour enfin renaître…

Partons un peu de vos projets…

« Je continue à écrire, je continue à composer des chansons, je continue à apprécier les belles choses de la vie au quotidien, je continue à lire des poésies, des romans, des essais…J’ai fait de nombreuses nouvelles chansons que je mettrai en album quand j’aurai un peu plus de temps, quand je sentirai que c’est le mo¬ment, quand les conditions idéales se présenteront… »

Un mot pour conclure

« J’ai une pensée pour la Kabylie, j’ai une pensée pour tous ceux qui souffrent en Kabylie, en Algérie, en Afrique du Nord : nous devons regarder vers les plus faibles, nous devons regarder comment les autres pays viennent en aide aux plus faibles. Il faut que nous sortions de nôtre égoïsme, il faut tenter d’apporter du bonheur et de la joie dans le cœur des mal¬heureux et des misérables. Et c’est toujours possible quand nous voulons le faire. J’ai également une pensée pour nos poètes, nos écrivains qui ne sont pas vraiment considérés, qui sont souvent marginalisés. Il faut arrêter d’encourager les mêmes personnes depuis de longues années, il faut cesser de marginaliser les vrais talents. »

Entretien réalisé par Hafit Zaouche
Le Journal La Cité, du 24 octobre 2017

 

 

 

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