«Slimane Azem est une référence incontournable de la chanson algérienne»

Brahim Saci répond au courrier d’Algérie

BRAHIM SACI, POÈTE, CHANTEUR

«Slimane Azem est une référence incontournable de la chanson algérienne»

Brahim Saci est né en Algérie le 22 février 1965, dans un village de Kabylie, Tifrit Naït Oumalek. Jusqu’à l’âge de 10 ans, il passa une enfance heur…euse au village. Puis, il partit rejoindre son père à Paris. Brahim Saci suit sa scolarité à l’école primaire Eugène Varlin, au collège Gustave Courbet à Pierrefitte, ensuite au lycée Paul Eluard à Saint- Denis. Déjà poète adolescent, s’inspirant de Baudelaire (1821-1867), de Rimbaud (1854-1891) de Nerval (1808-1855), Si Mohand U Mhand ( 1845 1906 ) et Slimane Azem ( 1918 – 1983 ) il remporta des prix aux concours de poésie organisés par le lycée Paul Eluard.Très tôt, il a baigné dans les Arts, bercé par les chants berbères que fredonnaient sa grand-mère et sa mère. Enfant fort doué en dessin, il devint des années plus tard, dessinateur, caricaturiste, métier qu’il pratiqua durant ses voyages en Allemagne, en Suisse, en Autriche, qu’il continue à pratiquer à Paris. Après un Baccalauréat littéraire, philosophie, langues, il entame des études universitaires à l’Université Paris VIII, à Saint- Denis. Après une licence, langues étrangères appliquées, mention affaires, il se passionne pour la musique et approfondit l’écriture Il devint alors Auteur, Compositeur, Interprète d’expression franco-berbère de Kabylie. Animateur chroniqueur, réalisateur dans des radios franco-maghrébines de 1992 à 2000. Il produit son premier album en 1992, rendant hommage au légendaire Slimane Azem (1918 – 1983) père de la chanson kabyle auquel il porte une admiration sans bornes. Le style musical de Brahim SACI pop chaâbi kabyle (musique populaire berbère algérienne kabyle) et son timbre de voix nous rappelle Slimane Azem. Les thèmes dominants dans sa poésie sont le temps qui passe, la solitude intérieure du poète et les tourments de l’exil. Brahim SACI vit à Paris. Il continue ses compositions et sème dans les rues de Paris qui l’inspirent tant des poèmes en kabyle et en français.

Le Courrier d’Algérie : Un mot sur Brahim Saci ?

Brahim Saci :

Difficile de répondre à une telle question; il n’est pas facile de parler de soi; disons que je suis un Algérien au parcours universitaire qui vit à Paris, qui croit à l’art, à l’humanité et aux valeurs ; je fais de la poésie et de la musique pour dire les malheurs de l’exil, les incertitudes de la vie, ses chagrins et ses espoirs aussi. L’art est pour moi une raison d’être.

Vous avez quitté l’Algérie à l’âge de 10 ans. Quel souvenir gardez- vous encore de votre enfance en Kabylie ?

Mon enfance en Kabylie a été heureuse; ce fut une époque bénie où le rêve était encore possible malgré les difficultés du quotidien. Mon entourage, ma famille et tous les villageois sur les hauteurs de l’Akfadou me guidaient sur les chemins de la vie. C’était le temps de la solidarité et du partage; le temps de la communion avec la nature et les êtres.

Comment s’est faite votre intégration en France ?

Mon arrivée en France est déjà une coupure avec ma vie heureuse dans le village Tifrit Nait Oumalek en Kabylie; c’est un déracinement douloureux, l’intégration s’est faite progressivement grâce à l’école, au collège, au lycée puis encore l’université. La famille de ma tante chez qui je suis resté quelques années, dans la banlieue parisienne, m’avait également été d’un secours certain. Les années passant j’ai découvert les chemins tortueux de l’exil, où l’étranger est toujours suspect, peinant à survivre sans arrêt sous les regards menaçants de la discrimination, du racisme. Nous vivons la discrimination au quotidien.

Combien d’Albums avez-vous sur le marché ?

J’ai quatre albums de chansons ; je suis un peu perfectionniste, je n’enregistre mes textes et chansons que quand je sens qu’ils sont vraiment arrivés à maturité. Toutes mes chansons sont en écoute libre sur mon site internet, http://www.brahimsaci.com/

Votre premier album remonte à quelle année ?

Mon premier album remonte à 1992. Ce n’était pas facile de le faire mais avec de la volonté et de la passion, il a vu le jour et a plu à de nombreux mélomanes. Vous avez tenu à rendre un hommage appuyé dans votre premier album au légendaire Slimane Azem.

Pourquoi avoir choisi Slimane Azem ?

Slimane Azem est une référence incontournable de la chanson algérienne que ce soit au niveau de la poésie ou de la musique; c’est un génie du verbe à l’écoute de son peuple. C’est peut-être, au départ, sa façon profonde et incomparable de chanter l’exil qui a fait que je choisisse Slimane Azem. Slimane Azem était une légende de son vivant comme l’était le grand poète kabyle du 19e siècle Si Mohand Ou Mhand. Ils ont marqué tous les deux leur siècle par la beauté de leur art. Slimane Azem comme Si Mohand Ou Mhand étaient des poètes vrais, engagés, dénonçant l’arbitraire, l’injustice. Slimane Azem a toujours lutté pour une Algérie meilleure, il a chanté l’espoir de voir une démocratie où régnerait la justice sociale où chaque algérien trouverait sa place, dans la diversité culturelle et linguistique, où la langue berbère «tamazight» rayonnerait.

Êtes-vous un admirateur de Slimane Azem ?

Bien sûr que je suis un admirateur de ce grand humaniste, philosophe, poète chanteur, de cet homme de principe que nul pouvoir n’a réussi à corrompre. Slimane Azem reste un modèle que ce soit dans son art ou dans ses positions dans la vie. Slimane Azem est mort et enterré loin de chez lui car il ne voulait pas cautionner un système algérien profondément injuste.

Essayez vous d’imiter Slimane Azem ?

Non je n’essaie pas d’imiter Slimane Azem même si son grand répertoire m’influence beaucoup, comme m’a influencé la poésie de Si Mohand Ou Mhand et la poésie ancienne kabyle. Il se trouve juste que grâce à la baraka, quand je chante, les gens me disent que je lui ressemble un peu; cela m’honore beaucoup.

Quels sont les thèmes dominants dans vos poésies ?

Dans ma poésie, j’interroge la vie ; je raconte l’exil, l’amour, l’ amitié, le temps qui passe ; j’ essaie de laisser mon empreinte à travers les mots que mes déboires parisiens me poussent à écrire. Paris est aussi une ville de culture ; chaque coin de rue de cette cité de lumière peut être une occasion à une rencontre intéressante qui annonce tout de suite un poème.

Pouvez-vous nous parler aussi de Brahim Saci, animateur chroniqueur réalisateur dans des radios franco maghrébines ?

Avant de faire de la radio, j’ai également fait de la caricature; j’ai dessiné et fait le portrait de nombreux touristes de passage à Paris ; ce fut une expérience humaine extraordinaire. La radio fut également une halte importante dans mon parcours ; ce fut l’époque où les radios foisonnaient, on voulait tout dire, tout raconter. Pour ma part, j’ai fait de tout, j’ai raconté également l’histoire des Berbères pour que les gens venus d’Afrique du nord ne perdent pas leurs racines.

Quels sont les chanteurs et les auteurs qui vous inspirent le plus ? Un mot sur la chanson kabyle actuelle ?

De nombreux chanteurs kabyles m’inspirent, surtout ceux qui font du bon chaâbi. Ce genre musical est une grande école. Après Slimane Azem, j’ai toujours aimé Youcef Abjaoui que j’ai eu la chance de rencontrer à Paris ; c’était un grand Monsieur qui avait une maîtrise parfaite de son art. Quand à la chanson kabyle je dirais qu’elle se porte bien. Elle manque seulement de moyens pour que d’autres styles puissent s’imposer. Le statut de l’artiste reste à créer afin que les artistes puissent vivre dignement de leur art. Il appartient au ministère de la culture de subventionner la création artistique comme cela se fait en France. Nos compatriotes qui ont de l’argent pourraient aussi aider l’art. Le mécénat existe partout sauf chez nous. Il faudrait aussi que les choses évoluent dans ce sens. En Algérie les créateurs foisonnent il faut seulement leur donner les moyens pour pouvoir s’exprimer.

À quelle année remonte votre dernière visite en Algérie ?

Je vais souvent en Algérie pour me ressourcer. Ma dernière visite remonte à l’été 2010. L’Algérie est un pays magnifique; c’est le pays de nos ancêtres. J’espère qu’il va vite se démocratiser pour que tous les Algériens trouvent enfin leur place dans leur propre pays.

Est-ce que vous avez organisé de grands concerts en France ?

Oui, je l’ai fait. Ce n’est pas toujours facile. Le dernier qui a eu une grande réussite a eu lieu dans le conservatoire du 8e arrondissement de Paris. Dans ce quartier huppé de la capitale française, la musique kabyle a su conquérir un public qui ignorait jusque-là tout de ce genre musical.

À quand un concert en Algérie ?

Cela ne dépend pas seulement de moi, mais je suis prêt à répondre à toutes les sollicitations sérieuses pour montrer au public algérien mes nombreuses créations.

Qu’en est-il de vos projets ?

J’ai de nombreux projets; il faudra les concrétiser. J’ai deux nouveaux albums qui sont prêts; ils ne vont pas sortir en même temps. J’espère que l’ un d’ eux va sortir à la fin de cette année ; je sais que de nombreux fans attendent sa sortie.

Un mot pour conclure ?

Le mot de la fin sera pour ce pays magnifique et splendide qu’est l’Algérie. Que la démocratie, la justice sociale et les libertés arrivent enfin chez nous ! Cela va beaucoup nous aider à progresser dans tous les domaines.

Entretien réalisé par Hafit Zaouche

Le Courrier d’Algérie du 14 mars 2011.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *