Brahim Saci et Idir ont assisté à l’inauguration de la place Slimane Azem dans le XIVe arrondissement de Paris

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Slimane Azem dans la Dépêche

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Slimane Azem : le poète kabyle de Moissac a désormais sa place à Paris

La mairie du XIVe arrondissement lui a rendu un vibrant hommage

Un bon millier de personnes parmi lesquels les chanteurs Brahim Saci et Idir ont assisté à l'inauguration de la placette Slimane Azem dans le XIVe arrondissement de Paris./ Photo DDM.
Un bon millier de personnes parmi lesquels les chanteurs Brahim Saci et Idir ont assisté à l’inauguration de la placette Slimane Azem dans le XIVe arrondissement de Paris./ Photo DDM.

Quarante-quatre ans après avoir été fait disque d’or et triomphé à l’Olympia avec son titre «Awin ilan d-lfahem» (Ô toi l’homme sage), le poète, auteur – compositeur et chanteur amazigr Slimane Azem a eu en quelque sorte son entrée au Panthéon avec l’inauguration au cœur de la capitale francilienne d’une placette portant son nom. La manifestation qui s’est tenue dans le XIVe arrondissement de Paris en présence d’un millier de personnes parmi lesquelles de nombreux représentants de la communauté berbère de France au premier rang desquels les chanteurs Brahim Saci et Idir n’ont pas manqué d’émouvoir la famille du «Brassens berbère» de Moissac. Dans l’engouement, les jeunes militants associatifs d’Ameslay qui sont à l’origine de cette inauguration en auraient presque oublié, en effet, que six ans auparavant, à Moissac, la cité uvale avait la première honoré le «père de la chanson berbère engagée» en lui dédiant le square derrière l’abbaye Saint-Pierre (notre édition du 3 novembre 2008). C’est en effet, un peu par hasard devant l’important cortège de fans qui viennent chaque année déposer des fleurs sur la tombe du poète kabyle inhumé depuis 1983 à Moissac que la municipalité de l’époque et plus précisément l’ex conseiller municipal Kader Selam, ont redécouvert que ce monument de la chanson populaire berbérophone avait posé vingt-cinq ans plus tôt ses valises d’exilé dans une ferme des coteaux de Moissac. Vivant six mois de l’année à Moissac avec son épouse Lucienne («tata Malika»), une Auvergnate, c’est dans son jardin arboré des figuiers et d’oliviers qu’il avait planté dans sa propriété, sa guitare à la main, qu’il composait et écrivait ses chansons contant l’exil des immigrés d’Algérie.

Interdit de tout retour en Algérie pour avoir critiqué les leaders du FLN

Mais pas seulement. Chanteur engagé, Slimane Azem avec des métaphores chères à ses origines rurales, n’hésita pas lors de l’Indépendance de l’Algérie, en 1962, à égratigner les leaders du FLN et leurs querelles intestines pour s’accaparer le pouvoir à Alger. Des chansons qualifiant Ben Bella de grenouille et Boumedienne de bœuf qui étaient vendues sous le manteau en Algérie, qui lui interdirent jusqu’à sa mort tout retour dans son pays natal. Fut-il influencé par son grand frère le politicien Ouali Azem, un farouche partisan de l’Algérie française (notre encadré) ? Sans doute… mais réduire l’œuvre de Slimane Azem, riche de 173 chansons (catalogue recensé de la SACEM), serait une vraie gageure. Les paroles de ce grand connaisseur de la culture orale amazigh, sont, en effet bien plus riches et en disent plus long sur la souffrance des sans voix de l’époque, celles des exilés d’Algérie que ce soit celles des rapatriés, des réfugiés politiques ou immigrés économiques, et sur cette société française de l’après-guerre et de la décolonisation. Boycottées par le pouvoir algérien, les chansons de Slimane Azem qui n’ont jamais été oubliées par les Algériens des deux côtés de la Méditerranée, ont d’ailleurs retrouvé une seconde jeunesse avec internet où sur YouTube où sa chanson emblématique «Algérie mon beau pays» cumule près d’un million de vues.

Ouali Azem : le grand frère député exilé à Montaigu-de-Quercy

Partisan de l’Algérie française, le grand frère de Slimane Azem, Ouali fut tour à tour président de la fédération des maires de Kabylie (1958), vice-président du comité de salut public de l’Algérie au côté du général Massu et enfin député français de Tizi-Ouzou jusqu’à l’Indépendance. Date à laquelle, contraint de quitter l’Algérie devenue indépendante, il décide de s’installer avec ses trois frères comme agriculteur en Tarn-et-Garonne. «C’est auprès d’un libraire de Montaigu-de-Quercy, M.Beldio, se souvient son fils Bruno, que mon père a trouvé le petit château de La Marugue-basse qu’il a acheté.» Durant des mois toute la famille Azem – les oncles, tantes et neveux – y est réunie. En 1963, sur les conseils de son grand frère, Slimane qui cherche du calme pour continuer à écrire ses chansons, achète sa ferme dans la cote Saint-Laurent, à Moissac. Dans les années soixante-dix, Ouali Azem vend sa propriété de Montaigu-de-Quercy et se replie à Montauban où il décède, en 2002, à 89 ans non sans avoir fondé un comité de défense des agriculteurs rapatriés et prit la présidence du cercle algérianiste de Montauban.

Visible sur les sites en ligne de vidéos et jadis sur les écrans des juke-box, le clip ou le scopitone, comme l’on disait à l’époque, «Madame, encore à boire» signé S. Azem, a été tourné dans un café de Moissac. C’est, en effet, au Lutosa, place des Récollets, que le chanteur kabyle a réalisé ce film où l’on aperçoit, chose rare, son épouse Lucienne qui joue le rôle d’une serveuse. Dans ce court-métrage de près de quatre minutes où S. Azem joue un client passablement éméché qui réclame un autre verre à la serveuse, l’artiste se fait le héraut de la misère sociale et affective de ses compatriotes. Des immigrés qui vivent seuls loin de leur famille et de leur pays, et qui s’adonnent à la boisson pour oublier leur sort. Une expérience que connu Slimane lorsqu’avec son frère, il travailla, à 19 ans, à Longwy dans les usines sidérurgiques.

Un «clip» vidéo tourné au Lutosa in memoria

Le 28 janvier prochain, la famille et les fans du poète célébreront le 31e anniversaire de sa disparition. Son neveu Bruno Azem qui vient de réaliser une expo sur son oncle et qui vient de s’achever à Paris, ne désespère pas qu’à cette occasion celle-ci trouve également sa place à Moissac. «Au vu de la célébrité toujours vivante de Slimane dont la tombe est la plus visitée du cimetière de Moissac, nous souhaiterions que la ville nous accompagne dans ce projet et pourquoi pas lui dédier un espace permanent…» Une requête à laquelle Jean-Michel Henryot ne serait pas insensible, lui qui fut son médecin jusqu’à son décès en 1983.

La Dépêche du Midi, le 02 novembre 2014

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